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vendredi 28 juillet 2023

Choses incongrues et jolies 4

Little House in the Prairie

La gracile jeune fille Amish
sourire espiègle, joues fraîches
coiffe immaculée
robe émeraude longue des siècles passés
qui nous sert du ice cream par plâtrées
blueberry cheesecake, chocolate peanut butter, mum's cake batter
pour $2.50
dans des pots gigantesques en polystyrène

lundi 17 juillet 2023

Choses incongrues et jolies 3

Jazz-date avec K. au Café Laurent
K. croque les musiciens aux crayons de couleur
J'écris mon chapitre sur le ciel transitoire
Un piano à queue laqué noir
Une trousse Pat'Patrouille
Un macbook air midnight blue
Un cocktail ascenseur vers les rêves
Et le serveur qui taille nos crayons derrière le bar
Au couteau de cuisine

mardi 11 juillet 2023

Suspension solaire

Le luxe encore et toujours : Café Laurent en plein après-midi, je quitte le laboratoire et je vais me poser au cœur de coussins, de drapés et de belles poutres pour aller écrire la suite de mon livre. Paris est pleine de soleil et de pierres authentiques dans mon quartier préféré. Il y a une sorte de perfection à apprécier : tout est solaire et calme avant le départ, tout s'est posé même si ce n'est qu'une illusion et que la rentrée reprendra dans la tempête. Je profite de l'élégance, des gens, de la nourriture sous toutes ses formes. La suspension heureuse.

Bande originale : Peter Gregson, Guigue 6.6 – Summer Tales Arrangement.

lundi 10 juillet 2023

Estival

Je pars à ma réunion de direction comme pour la plage, chapeau de paille, robe rayée blanc et bleu. Les policiers municipaux font leurs rondes entre les pavillons. La maison dans la pénombre, silencieuse sans les enfants confiés en Sologne, avec cette douceur qui perle de chaque bricole enfantine oubliée par terre, de la porte de leur chambre grande ouverte, les lits à moitié faits, les amoncellements de dessins rapportés en fin d’année qu’il faudra afficher ou ranger quelque part. Peu de réunions, laissant la place aux discussions, à la science au rythme étiré et à l'odeur de café, aux moments solitaires dans mon bureau, si rares.

mardi 4 juillet 2023

Amsterdam la belle

Oh Amsterdam ! La bouffée d’air semi-marin qui m’accueille à la sortie de Centraal vaut bien la longue lutte du week-end dernier à préparer mes slides. La jeunesse assise sur les grandes terrasses en bois, le crépuscule sur la lagune IJ, les péniches industrielles qui passent dans de gros bruits de moteur – comme j’aime ces villes d’eau, qui vivent au rythme des ponts et des embarcations. Logée comme une princesse sous trois mètres de plafond dans un manoir reconverti, je vais me sustenter dans un de ces bars obscurs et branchés aux guirlandes lumineuses, grignoter des krokets avec ma bière jusqu’à écœurement. À minuit, sous une pluie fine, perdue entre ponts et canaux, je contemple tour à tour les reflets orangés dans l'eau, les longues fenêtres, les tourelles de brique et de blanc, en encorbellement à l'angle des bâtiments. À chaque visite je crois venir m'enterrer dans un port laid et gris, à chaque fois je suis subjuguée par l'élégance de cette ville.

mardi 27 juin 2023

L'agonie mondaine

Toute discussion non professionnelle avec plus d'une personne.
Les dîners avec des couples d'amis – avec ou sans enfants.
L'interaction avec les autres parents d'élèves.
Les soirées et autres anniversaires.
Les repas de famille.
Les mariages.

Oh - je fais ça très bien. Je souris, je cause de rien, des enfants, des dernières modifications urbaines dans notre commune, de cursus scolaires, de notre départ, de logistiques. Dans certaines foules, j'ai presque envie de me présenter comme danseuse étoile à Garnier, ou conductrice de RER pour au moins m'amuser un peu.

Mais le décalage. La petite angoisse dans la moelle épinière de flotter dans la mauvaise dimension. L'énergie que ça demande, de donner le change, de faire semblant que ça m'intéresse, alors que tout n'est que platitude. La perte de temps.

L'envie dévorante alors de retourner aux choses précieuses : ma belle solitude, les mots de mon clavier, ceux dans les livres, les notes dans les oreilles, et les contemplations minérales qui n'ennuient ni ne blessent jamais. Le bruissement de Chicago. Les briques de Canfield Gardens. Les manguiers de Santa Teresa.

jeudi 22 juin 2023

Gnossienne

La pluie, la pluie interminable et mouillée. Je pars au travail avec de longues bottes de pluie et sur mon parapluie, le son des gnossiennes, les grappes d’eau, qui atténuent les pensées et les songes. Quelque part sous la surface, légèrement enfoui, le roulis, la mythologie des marins partis.

lundi 19 juin 2023

Choses fougueuses

Le concerto pour violon de Samuel Barber.
[Interprétation majestueuse d’une Hilary Hahn toute jeune.]
Personne ne m’enlèvera cette joie absolue.
À écouter dans les veines rouges du Thalys, le bazar de la Gare du Nord, dans la rame bondée du RER, épuisée ou fraîche, toujours la même puissance, la même émotion.

jeudi 15 juin 2023

Choses incongrues et jolies

Transiter en métro entre deux laboratoires en trimballant un gros analyseur de spectres dans un sac à la bandoulière cassée.
S'envoyer des messages avec L. sur le rôle psychothérapeutique ou non des personnes qui nous entourent.
Porter une robe en soie rose pale.
L'été à Paris entre Denfert et Jussieu.
All of the above simultaneously.

mardi 13 juin 2023

Choses rassurantes

Quand ce qui est perçu est en phase avec ce qui est.
Les tickmarks bleus qui disent le message lu.
Le parfum des personnes calmes.
Les amies, disponibles et pertinentes au moment de l'angoisse.

jeudi 18 mai 2023

Men & Praliné

Danse Louvre

Plongeon le temps d'un soir dans un dîner d'artistes, en compagnie de K., astrophysicienne-artiste (ou artiste-astrophysicienne), que j'avais rencontrée une unique fois il y a onze ans. Onze ans, c'est l'âge de son fils métisse épatant, qui oscille en français, anglais et néerlandais de conversation en conversation, choyé par la tablée d'artistes comme une petite mascotte. En vrac, ça parle de théorie de l’art, d’urbanisme, de kidnapping à Beyrouth et des alpha males : essentiellement des choses auxquelles je ne connais rien – sauf peut-être les alpha males.

Je suis entourée de deux femmes magnifiques, K., rousse, belge et triste, G., brune, italienne du Sud et en colère, toutes deux blessées des hommes et naviguant dans leur vie avec cette générosité d'artiste, se racontant toutes entières et écoutant sans limite.

En sortant du restaurant, sous une arcade du Louvre, nous regardons une jeune fille en corsaire rouge danser pieds nus au son d'un violoncelle. Puis seule, rebroussant chemin, je m'accoude à un pont avec les deux boîtes de chocolats belges que K. m'a offertes. J'en ouvre une et savoure ce praliné de solitude entremêlé de pépites sucrées.

samedi 13 mai 2023

Ondes gravitationnelles

Carrousel

Paris dans sa nuit, noire, gantée, parée d'or, nous prenons vers le Nord, alors que la raison indique le Sud. Sur le pont, le Louvre à gauche, le quartier des galeries d'art à droite, il n'y a personne d'autre que nous sous le rayon des lampadaires, sauf cette jeune femme ivre qui ne marche pas droit et qui nous fait rire. Accoudés face à l'eau, un bateau-mouche passe, j'ai ses phares dans les yeux. À cet instant tout converge, la beauté, les émotions, cette coalescence qui me ferme les yeux ; et lorsque je les rouvre, le bateau est passé. Ne reste plus que cette onde noire de son passage qui se déploie et se déroule. Je respire à peine, enivrée, une pulsation dans l'oreille gauche... et je sors à grand coups de pieds de ma tête la pensée qui me traverse à ce moment, furtive, mais reconnaissable entre mille, la terrible hérissante déformation professionnelle : je vois à la surface des eaux la toile de l'espace-temps, et des ondes gravitationnelles sur le lit de la Seine.

Image : © Electre 2017.

samedi 6 mai 2023

Bering

bering

Poutine nous force à passer par le Pacifique pour rentrer. Plus de quatorze heures de vol — car la Terre est ronde, dit le commandant. Je découvre cette partie du globe, ces langues de terres qui se rejoignent et connectent les continents. Le chemin des premiers hommes, là où la nature a encore toute emprise, le Grand Nord de glace et d'eau, si rude à la traversée et à la pensée. Et comme j'aime la magie de ces vols vers l'Est : formidable course contre la rotation de la Terre ; le soleil suspendu à peine sous l'horizon, des heures durant.

Carte de la Côte N.O. de L'Amérique et de la Côte N.E. de L'Asie, détail, ca. 1780, Robert Bénard

vendredi 5 mai 2023

Eikando

Pour terminer mon éternel et parfait Eikando, tout en dédales de passerelles qui se parcourent déchaussé. Toujours la sensation apaisante des nervures de cèdre sous la plante des pieds, alors que l'on traverse l'ensemble du temple de bâtiment en bâtiment, entre les colonnes sombres et les murs de papier blanc. Dans la grande salle finale abritant bien des dorures, la statue d'Amida est curieusement tournée, comme si elle regardait par dessus son épaule gauche. Son sourire, dit-on, transmet cette philosophie あきない、あせらない、あきらめない : ne pas s'ennuyer (même d'une tâche rébarbative), ne pas s'impatienter, ne pas abandonner. Voilà, me dis-je, qui résume avec pertinence ce que j'ai ressenti du Japon en ce séjour. Et voilà aussi ce qui ne me caractérise absolument pas.

jeudi 4 mai 2023

Kurama et Kifune

hanafuda

Le train Eizan se faufile entre les arbres, transportant sa petite cargaison de touristes, mais nous sommes assez peu nombreux pour que cela reste authentique. De Kyoto cette fois-ci, je retiendrai avant tout cela : les flots de glycine qui coulaient sur les forêts de pins et d'érables, ces taches mauves sur les flancs sombres, comme des tulles ou des bonbons. Et quand on se rapprochait, on voyait les grappes et l'arabesque des branches ; je voyais dans la montagne autant de hana-fuda - ces cartes japonaises à l'effigie de fleurs avec lesquelles on jouait en famille jusqu'au milieu de la nuit, en pariant notre argent de poche comme des adolescentes débauchées.

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